« Le soleil trône à l’apogée du solstice d’été. La croissance végétale a connu une expansion durant tout le printemps, mais on voit maintenant cet élan s’amortir alors que la marée solaire commence à refluer avec le lent déclin des jours. La marée verte déclenchée à l’aube du printemps submerge la terre : elle prend désormais l’allure d’un océan de verdure mais ne progresse plus …
Si donc le printemps est la saison de la grande explosion végétale, l’été est celle des ultimes accomplissements.
Chaque année, sur la terre entière, la photosynthèse produit environ 150 milliards de tonnes de matière végétale sèche.
L’été est donc une apothéose où le végétal s’élance vers le ciel comme le soleil, et se manifeste dans toute sa splendeur : dense feuillage, fleurs épanouies….
La Saint-Jean se démarque assez peu du 1er mai sauf qu’elle vient cinquante-cinq jours plus tard. Fête du solstice d’été, elle célèbre aussi le feu la lumière solaire à son apogée, la montée en puissance de la végétation.
La fête de Jean-Baptiste fut fixée au solstice d’été le 24 juin, jour à partir duquel le soleil commence à décliner, à l’opposé de la fête de Noël à partir de laquelle, comme l’enfant Jésus, il commence à croître.
Cette fête de la Saint-Jean a donc un sens parfaitement symbolique.
De plus, à la différence des autres fêtes, elle célèbre la venue sur terre d’un saint alors que toutes les autres sont consacrées au jour de leur mort, c’est à dire de leur naissance au ciel …
Le solstice d’été célèbre le soleil, et le soleil, c’est le feu, symbole d’une très grande richesse mais aussi d’une parfaite ambivalence. Comme le soleil par ses rayons, il symbolise par ses flammes l’action fécondante, purificatrice illuminatrice : c’est la flamme qui monte, qui embrase et qui crépite. C’est aussi par le feu que s’effectue le grand oeuvre initiatique, ce long chemin par lequel l’homme transforme sa nature pour se rapprocher de Dieu.
Mais la Saint-Jean marque aussi l’apogée de la marée verte annuelle réglée par le soleil et célébrée par les fêtes de la Saint-Jean, simple variante, décalée dans le calendrier, de l’arbre de mai.
Sous l’ancien régime, on dressait à Paris, place de Grève, « l’arbre du feu de la Saint-Jean », et c’était le roi lui-même qui y mettait le feu. Louis XIV fut, semble-t-il, le dernier roi de France à prendre part à cette cérémonie qu’il présida avec faste en hommage au soleil sur cette place qui n’était pas encore celle de la Concorde, mais celle où devait mourir guillotiné son quadriaïeul …
La puissance solaire, à son maximum à la Saint-Jean, confère sa force à tous les talismans constitués ou récoltés ce jour-là. Aussi les parisiens recueillaient-ils les tisons et les cendres de l’arbre incendié et les rapportaient-ils dans leur foyer comme porte-bonheur … »
Extraits de « Fleurs, Fêtes et saisons » Jean-Marie PELT éd. Fayard.
Au solstice d’été, la végétation atteint, comme le soleil, son point culminant et de nombreux rites relatifs aux plantes sont liés à la fête solsticiale. Les herbes de la Saint-Jean réputées entre toutes, doivent être cueillies la veille du 24 juin ou à l’aurore de ce jour, afin de conserver tous leurs pouvoirs magiques.
De nombreux dictons font référence à la cueillette des simples cette nuit-là.
«La minuit de Saint-Jean
Va dans les prés et dans les champs
Et cueille la verveine
Qui guérit toute peine.
Bouillon de fleurs de sureau
Guérit compère-loriot.
Sauge et lavande je te dis
Guérissent de toute maladie. »
L’armoise, le millepertuis et l’arnica possèdent également des vertus particulières et notamment de protéger des sorciers et de la foudre ou de rendre … invisible.
Se rouler dans la rosée à l’aurore du 24 juin préserve une année entière des maladies de peau et marcher pieds nus dans la rosée donne de la gaieté et de l’entrain pour toute la journée.
La veille de la Saint-Jean dans un sentier creux, on allume un premier feu avec du bois vert et des fougères dégageant une abondante fumée et on fait passer les troupeaux au travers de cette « fumée des vaches », pour les protéger et les purifier
Cette ancienne coutume était déjà pratiquée par les Celtes le jour de Beltaine.
Un ancien rite druidique est également célébré la nuit du solstice d’été. On entoure de paille une roue de charrette qu’on embrase avec un cierge bénit. La roue enflammée est ensuite promenée à travers les campagnes qu’elle fertilisera.
Pour les Celtes, la roue était l’image du disque solaire dont le passage au zénith féconde la terre.
Les brasiers de la Saint-Jean prolongent très directement la grande liturgie du feu nouveau et l’antique baptême du feu. Ce sont des feux vifs, à flammes hautes, alimentés surtout par de la paille et des branchages, alors que les feux intimistes de Noël sont des feux de braise.
Le solstice d’été célèbre le soleil, et le soleil, c’est le feu, symbole d’une très grande richesse mais aussi d’une parfaite ambivalence. Comme le soleil par ses rayons, il symbolise par ses flammes l’action fécondante, purificatrice illuminatrice : c’est la flamme qui monte, qui embrase et qui crépite. Mais le feu qui éclaire est aussi celui qui brûle qui dévore, qui détruit.
La fête de la Saint-Jean revêt un caractère collectif et populaire. A l’orée de l’été, c’est la vie qui explose et connaît le summum de son épanouissement Les rondes, farandoles, gambades et autres manifestations accompagnées de musique et de chants accomplies autour des feux sont plutôt sautées que dansées.
Ces bons par-dessus les braisiers sont souvent interprétés comme un rite de fertilité, car agissant par analogie. Ainsi la hauteur des sauts des jeunes gens détermine la hauteur du lin ou du blé. Mais le plus souvent cette magie imitative concerne le soleil lui-même, roi de la fête, et la coutume consistant à lancer en l’air des disques enflammés imite la révolution du soleil.