Hymne au Soleil
Proclus
Entends ma prière, roi du feu intellectuel, Titan aux rênes d’or !
Entends ma prière, maître de la lumière !
Tu détiens, seigneur, la clef de la source de vie et,
Dans les mondes matériels, tu fais couler un précieux ruisseau d’harmonie céleste.
Entends ma prière ! Ta demeure est centrale, au-dessus de l‘éther,
Tu es, cercle lumineux, le coeur du monde et tu as tout comblé de ton éveilleuse providence.
Ceintes de ton feu toujours vif, les planètes dansent sans fatigue ni relâche
Et jettent aux habitants de la terre leurs gouttelettes vitales.
Toute vie reverdit selon la loi des saisons, qui rythme leur retour éternel.
Cesse le fracas des éléments qui s’entrechoquent, quand tu parais,
Toi qui naquis du Père indicible !
Devant toi, le chœur inébranlable des Moires se retire,
le fil de la destinée tourne à l’envers dès que tu le veux,
Car par-dessus tout, tu décides et par-dessus tout, tu règnes en maître.
De ta chaîne a jailli Phébus, roi de la divine musique.
Au son de la cithare, il chante merveilleusement et apaise l’énorme vague mugissante de la génération.
Doux présent de ton thiase protecteur, naquit Péon qui dispense la santé et emplit le vaste monde d’une harmonie balsamique.
Toi, glorieux père de Dionysos,
Toi, Evoé-Attis, dans les ultimes gouffres de la matière,
Et toi, délicat Adonis,
D’autres ont chanté votre gloire !
De ton fouet cinglant, les farouches démons nuisibles aux hommes craignent la menace.
Ils sont pour nos âmes affligées, cause de malheur,
Car ils veulent les enfermer dans les abysses tumultueux de la vie,
Les voir souffrir dans un corps et en désirer le joug, oubliant ainsi la haute demeure éclatante du Père.
Alors toi, Dieu suprême, couronné de feu, toi bienheureuse idole, image du dieu qui crée toute chose et exalte les âmes,
Entends ma prière et purifie-moi toujours de toute faute.
Accueille la supplique de mes larmes !
Eloigne de moi les misérables souillures !
Protège-moi des Punisseuses et adoucis le regard aigu de Diké la surveilleuse !
Dissipe la nuée pestilentielle, funeste aux mortels,
Accorde à mon âme le secours de ta pure lumière et
A mon corps la brillante santé aux dons éclatants.
Elève-moi jusqu’à la gloire !
Que comme mes ancêtres, je sois sensible aux dons des Muses aux adorables tresses !
Si tu veux bien que je connaisse l’inébranlable bonheur d’une aimable piété,
Donne, seigneur !
Grâce à ton infinie puissance, tu peux facilement tout accomplir.
Si les fuseaux des Moires, qui tournent, entraînés par la ronde des astres,
M’amenaient quelque malheur,
Eloigne-le d’un trait !
Proclus, philosophe néoplatonicien (412 – 485)