>> L'Alsace >> La cathédrale

   Fév 10

Le temps des grandes peurs est-il là ? C’est ce qu’imaginent beaucoup d’observateurs face aux krachs financiers et aux alarmes climatiques.

 







































 

























































































































































































La cathédrale de Strasbourg


Les origines
 

C'est sur les ruines des temples celtiques, recouvertes de celles du prétoire romain et de son sanctuaire militaire, que vers 550, l'évêque Saint Arbogast restaura le vieux temple et en fit une église consacrée à la vierge. Cette église subsista jusqu'au VIIIe siècle où elle fut supplantée par une bâtisse plus importante.


Dans son testament de 778 l'évêque Rémi de Strasbourg exprime le voeu d'être enseveli dans la crypte qu'il avait fait construire. Les fouilles pratiquées au chevet de l'édifice actuel ont mis en évidence les grands traits de la cathédrale carolingienne qui apparaît avec trois nefs et trois absides.


Deux incendies succesifs, en 1002 et 1007, détruisirent totalement cette église qui fut remplacée par une quatrième dont la construction, débutée en 1015, s'achéva en 1023. En 1176, un nouvel incendie conduisit à une nouvelle construction qui ne commença qu'en 1190. C'est cette dernière qui est la base de la cathédrale actuelle.

La souche de l'absisde et de la crypte, qui fut agrandie au XIIe siècle, ont été conservées de la basilique précédente.


Construite en plusieurs étapes, de 1190 à 1439, et par de nombreux maîtres d'oeuvre, plusieurs projets ambitieux ne virent jamais le jour ou, débutés, furent abandonnés, repris et transformés par les maîtres successifs. L'aspect actuel de dissymétrie des tours est dû à l'écroulement d'une tour plus petite du pylône Sud, qui ne fut jamais reconstruite.


Quelques rénovations eurent lieu par la suite, notamment en 1654, quand la flèche actuelle fut atteinte par la foudre.


Il faut souligner l'oeuvre très importante de Johan Knawt qui, au début du siècle, des fissures ayant été constatées dans l'un des piliers maîtres de la tour Nord, entreprit la consolidation des fondations de cette tour.
 
C'est probablement grâce à lui que la cathédrale est encore debout aujourd'hui.


Le symbolisme des portails


Le portail de la façade nord

Dédié à Saint Laurent, le portail nord, de style gothique flamboyant, a été construit de 1494 à 1505 par le Maître Jacques de Landshut. Il cache l'ancien porche roman. La façade nord est un bon résumé de la cathédrale puisqu'en un seul regard le visiteur peut contempler tous les styles représentés: le roman de la Tour Klotz, le gothique pur de la nef, le gothique flamboyant du portail et le style classique du XVIIIe siècle de la sacristie. Ce raccourcie de l'histoire nous montre l'évolution des mentalités à travers les oeuvres architecturales.


En premier lieu l'art roman, tout d'intériorité, où les formes arrondies entraînent l'esprit vers l'introspection. Les décors, sobres, parlent par symboles simples, suggèrent plutôt qu'ils imposent.

Le gothique marque dans la pierre son idéal d'élancement, de rayonnement. La technologie se cache pour la plus grande gloire de l'oeuvre. Le message est plus explicite, plus varié.


Le gothique flamboyant est la marque de la Renaissance. Si les bâtisseurs ont gardé la connaissance ésotérique, la spiritualité de l'époque tend de plus en plus à la rationalité. Le tangible devient prépondérant et la prouesse technologique prend le pas sur "la foi simple du charbonnier".


Le symbolisme du nord

Orientée au nord, la façade exprime l'hiver, la mort de la végétation. Pas une fleur, pas une feuille. Les ramures sont nues. Tiges ou racines ? Comme dans le conte de la Belle au bois dormant, il semble qu'un inextricable fouillis de branches et de ronces bloque le passage. Pour ouvrir la porte, il faut posséder la Vie à l'intérieur de soi.

L'hiver est la saison de tous les dangers. Avec le froid, la mort rôde. Mais c'est aussi le temps de tous les possibles car, enfouie au plus profond de la terre, la graine s'emplit des forces telluriques, se gonfle de toutes les énergies du devenir pour éclore au printemps.


Le Nord est par excellence dédié à la Vierge, à la Mère primordiale, à la Matrice du monde. Lié à l'étoile polaire, axe fixe du cosmos, il enracine la cathédrale dans l'immuabilité et l'éternité des temps cosmiques. Endroit sombre que n'atteignent jamais les rayons du soleil, il est le point de l'origine, mais aussi de la fin. Il est l'alpha et l'oméga.

Lieu de la nuit, ses couleurs sont le bleu nuit et l'argent, car il est liaison avec la voûte céleste, la lune et les étoiles. Son orientation nord-sud en fait l'axe contradictoire, mais complémentaire de l'ombre et de la lumière, de la Lune et du Soleil, de la nuit et du jour, de l'hiver et de l'été.

Le baptistère

Situé non loin du portail Saint-Laurent, donc au nord, lieu matriciel par excellence, le baptistère est un véritable joyau de marbre, sculpté d'une seule pièce par Maître Jost Dotzinger en 1453.

 Sa structure à sept côtés implique l'idée de naissance aux sept plans de l'humain. Nombre sacré dans toutes les traditions, le sept représente l'alliance du carré de la personnalité avec la triade divine.

Relier le quatre et le trois, c'est reconnaître en l'homme non seulement sa nature animale mais un reflet de Dieu.


Le baptême implique une idée de renaissance sur le plan divin. Par l'immersion, le catéchumène meurt à la vie matérielle pour renaître de l'eau primordiale, de l'océan des origines, à la vie spirituelle. Il est accueilli dans la grande fraternité de l'Eglise sous un porche roman au décor richement symbolique.

A gauche, un entrlacs d'oiseaux fabuleux, reliés les uns aux autres par le cou et la queue, se termine par une sirène allaitant son petit. Ces oiseaux bizarres à la tête de lion (signe de feu), au corps d'oiseau (signe d'air), aux pattes de cheval (signe de terre), et à queue de poisson (signe d'eau), liés ensemble comme une tresse infinie, symbolisent l'union des quatre éléments qui génèrent la vie, représentée par la sirène allaitant son petit. Elle est l'image de la Vouivre, cette énergie tellurique qui circule dans la terre sous forme d'ondes (on la représente par des symboles aquatiques) et vivifie le monde. A l'image de Mésuline, la femme-poisson représente également tous les instincts sauvages, les pulsions profondes non maîtrisées qui attirent toujours les humains, tels les chants maléfiques des sirènes d'Ulysse.


A droite, une frise de feuillages formée par des sortes de lianes entrelacées comme le caducée de Mercure, constellée de petits diamants, image de l'Esprit-Lumière reflète par la matière, est tenue à gauche par un homme accroupi, regardant loin devant lui. A l'autre bout de la frise, un jeune homme  semble empêtré dans les extrémités des lianes. Il est presque nu et donne l'impression de vouloir absolument se dégager des liens qui l'enserrent. L'homme de gauche tient les liens fermement, il est relié et est en accord avec ces énergies. Le jeune homme qui se détourne des lois naturelles. Dépouillé et meurtri, il court à sa perte, car il a rompu ses liens d'appartenance. Ces deux rubans représentent l'énergie duelle de la nature, positive et négative, le yin et le yang. Correctement reliés et équilibrés, ils permettent un développement naturel harmonieux.


Le portail Saint-Laurent

L'iconographie du portail est dédiée à l'adoration des Rois mages. Sur le côté gauche trône la Vierge, portant l'enfant Jésus, curieusement négroïde, sur son bras gauche. Dans sa main droite elle porte le globe du monde, ce qui confirme sa fonction de Reine du monde. Devant elle, les trois Rois mages s'avancent, suivis d'un serviteur. Ils apportent chacun un présent:

Balthazar apporte l'encens. Attribut du prêtre, l'encens est la substance qui permet de se relier à Dieu. Il est signe de la prière. Les religions de tous les temps l'ont toujours utilisé dans ce but. Par son offrande, Balthazar consacre Jésus comme Grand Prêtre, c'est-à-dire comme intercesseur entre Dieu et les hommes, comme guide et pasteur du "troupeau".

Gaspard apporte la myrrhe. Plante aromatique aux vertus divinatoires, la myrrhe donne le pouvoir de lire dans les mystères du temps. Par sa capacité à connaître le présent et le futur, jésus est reconnu comme un prophète qui relie les opposés, celui qui sait. Gaspard est le seul roi couronné du trio. Il représente le véritable Roi, régent du monde, celui qui a intégré les lois naturelles et qui sait les appliquer à la société.

Melchior, le roi noir, apporte l'or. Seul métal incorruptible, il symbolise la matière noble et pure. C'est la lumière solaire dans son point de densité maximum. Il porte sur sa poitrine un médaillon représentant l'étoile à six branches qui symbolise l'interaction de l'esprit et de la matière.

Les trois rois ont le genou à découvert, signe de leur qualité d'initiés et leurs présents représentent les éléments les plus purs des trois "corps" de la nature: le physique (or), le psychique (myrrhe), le spirituel (l'encens).

Leur faisant face, sur le côté droit du portail, cinq personnages semblent engoncés dans leurs vêtements. Chacun, de par son attitude, paraît mal à l'aise et plus ou moins intéressé par ses semblables: Saint Laurent, un livre ouvert dans la main droite, les yeux perdus au ciel, côtoie le pape Saint Sixte abîmé dans sa lecture; Saint Etienne, au milieu, avec un livre fermé, semble se détourner de son voisin tandis que Saint Jacques et saint Maurice ressemblent plus à des mousquetaires qu'à un pélerin et un chevalier. Image du siècle qui s'enferme dans le paraître, ils forment une sorte de spirale partant de l'extrémité extérieure pour, petit à petit, s'inspirer de la Parole et venir à Dieu. Mais pour cela, il leur faut se débarasser de leurs oripeaux, devenir simples et privilégier l'être plutôt que le paraître. L'initiatio est encore lointaine, mais la Voie est progressive et chacun arrivera au but.


La façade ouest

Partagée en trois niveaux verticaux et trois niveaux horizontaux, la façade ouest de la cathédrale de Strasbourg est la représentation sublimée de l'univers tout entier. Dans l'axe vertical, nous retrouvons les trois plans fondamentaux: physique, psychique et spirituel. Dans l'axe horizontal vont s'intégrer les trois portails dans une relation ordonnée de la gauche vers la droite.


A gauche: le portail nord. Lié au sous-terre, mais également au monde matriciel "d'avant le temps". Au centre: le portail ouest ou portail principal, point d'intersection des deux axes, le plus riche des trois. Lié aux temps historiques, au plan de "l'ici et maintenant", il symbolise le monde terrestre des expériences humaines. A droite: le portail sud. Lié "aux temps d'après le temps", il symbolise le retour aux origines, le temps de l'accomplissement.

Le portail nord

L'esprit s'incarnant du ciel vers la terre, le sens de lecture du tympan se fait de haut en bas. Le temps des origines commence par la présentation de l'enfant Jésus au temple et continue par les épisodes de la vie mouvementée de l'enfance du Christ:

- le massacre des Saints Innocents par Hérode cherchant à éliminer celui qu'il considère comme un rival à venir.

- la recherche du Messie par les mages, qui eux, répondent à l'appel des temps nouveaux.

-la fuite en Egypte, lieu de protection et de gestation du germe nouveau en terre d'initiés.


Le portail ouest

Il est dominé par la Vierge, personnification de la Sagesse universelle (la Sophia des Grecs), tenant son enfant dans les bras. Trônant au centre de l'ensemble, elle est l'axe autour duquel tout s'ordonne. De part et d'autre des portes, les prophètes de l'Ancien Testament font le lien entre les temps anciens et les temps modernes. Ils sont les garants du bon déroulement de l'histoire. Les voussures, au nombre de cinq (sens de lecture de la gauche vers la droite), déroulent le fil de l'histoire humaine depuis la création du monde et la genèse de l'homme.

Le premier cercle extérieur commence par Dieu le Père, préexistant à l'univers. Puis, de proche en proche: l'Esprit de Dieu planant sur les eaux, la création des grands luminaires, le Soleil et la Lune, puis les cieux avec les étoiles, la Terre avec les végétaux et les animaux et enfin, au sommet de l'arc, la naissance d'Adam et Eve, le Paradis terrestre. Redescendant vers la droite, s'éloignant du sein de Dieu par leur transgression de l'ordre divin, chassés du Paradis, de l'état de béatitude inconsciente de la première humanité, ils doivent s'assumer et se multiplier. La scène se termine par le meurtre d'Abel par Caïn, déterminant le clivage définitif entre le peuple élu et les autres peuples recouvrant la planète.


Sur la deuxième voussure se déroulent les scènes de l'Ancien Testament depuis le départ d'Abraham d'Ur en Chaldée, en passant par l'Arche de Noé, le sacrifice d'Isaac, Jonas et la baleine, Daniel dans la fosse aux lions, etc.

La troisième voussure marque le passage de l'Ancien et le Nouveau Testament et, paradoxalement, une rupture de rythme, un changement dans l'ordre des choses. La suite logique et historique serait la vie du Christ et les illustrations de son enseignement que nous trouvons sur la dernière voussure, au centre. Les bâtisseurs veulent nous faire comprendre que les temps christiques marquent une inversion des cycles, un retour vers la connaissance divine. L'ordre de lecture repart donc du centre à gauche où nous découvrons les enseignements du Christ et ses miracles, puis les quatre évangélistes et les pères de l'Eglise qui transcrivent et diffusent son enseignement, pour finir par les Apôtres et les martyrs qui affirment leur foi et leur croyance dans le nouvel ordre du monde jusqu'à y laisser la vie.


Le tympan du portail ouest se lit de bas en haut, car l'esprit descendu sur terre au début des temps amorce son retour aux origines. Il commence le jour des Rameaux qui ouvre le temps pascal, passage des temps anciens aux temps nouveaux. C'est l'époque de l'accomplissement.


Au premier niveau, en bas, Jésus rentre à Jérusalem pour accomplir sa destinée. La dernière Cène, puis la Passion le mènent à la Croix, au deuxième niveau. Figure fondamentale de l'ordonnancement du tympan, le Christ crucifié englobe le monde dans son sacrifice. Il devient le nouvel Adam enraciné dans le corps purtréfié du vieil Adam des temps révolus. A sa droite, recueillant son sang, sa vie, l'Eglise triomphante affirme sa vitalité et sa légitimité, tandis qu'à sa gauche, la Synagogue, aveuglée, se détourne du destin qui n'est plus le sien. De la Croix, partent des guirlandes de feuillage, symbolisant la vie foisonnante libérée par le sacrifice du Christ. A droite de la rangée, le tombeau du Christ ressemble davantage à un berceau, ce qui confirme l'idée de renaissance sur un autre plan. Il est à noter que le décor du tombeau est composé avec les armes de Saint Louis et de Blanche de Castille, ce qui tend à prouver l'importance de Strasbourg en tant que centre et carrefour du compagnonnage au Moyen-Age sur la route du Tour de France, malgré son appartenance au Saint-Empire romain germanique.


Au troisième niveau, le Christ ressuscité fait refleurir l'arbre de vie, l'arbre de la Croix. Il est l'axe toujours vivant qui régénère le monde. A gauche, Judas, bourrelé de remords, se pend, alors qu'un bouc, représentant le Diable, tente de l'attirer vers lui. Selon une vision déjà forte répandue chez les Egyptiens, l'enfer est représenté par une bête monstrueuse qui avale les défunts. Plusieurs traditions se retrouvent dans cette expression des enfers. Si l'âme n'a pas atteint la pureté requise pour réintégrer définitivement le ciel, elle doit se réincarner, recommencer un nouveau cycle de purification. La bête monstrueuse symbolise ce retour dans un corps matériel habitant les Eaux primordiales (hippopotame-crocodile) d'où l'âme renaîtra à une existence terrestre. D'origine celtique, le chaudron était attribué à Tarranis, le Dieu solaire, père des forces cosmiques, qui ressucitait les morts en les trempant dans un chaudron magique. Le feu est un élément fondamental et universel de la purification et de la transmutation alchimique.


Par sa résurrection, le Christ permet la rédemption de chacun, qu'il mène lui-même par la main jusqu'au Paradis, de forme identique aux crèches de la nativité. Une fois encore la tradition nous confirme dans l'idée d'une nouvelle naissance vers la béatitude céleste, explicitée au dernier étage sous la voûte du tympan. Se tenant tous sur les nuées du monde céleste, les humains, purifiés, assistent à l'ascension du Christ et à son immersion dans le sein de son Père.


Le portail sud

Il est dédié au retours des origines, et tout le message marque cette volonté de confronter l'individu au bon choix: suivre la voie ouverte par le sacrifice du Christ. La récompense est à la hauteur de l'engagement pris.


De part et d'autre du portail sont disposées les vierges sages et les vierges folles. Surmontant les socles qui représentent les signes du zodiaque et les activités des mois correspondants, elles marquent les deux parties du cycle de l'année solaire. A droite, menées par le Christ, Soleil incarné, les vierges sages tiennent la lampe allumée pointée vers le haut et surmontent les mois du printemps et de l'été. Elles indiquent le cycle diurne du Soleil au solstice d'été, des Gémeaux au Scorpion. Elles expriment l'enseignement exotérique du Christ, ouvert vers l'extérieur, comme l'indiquent les parchemins déroulés. Elles vivent une recherche simple, naturelle, harmonieuse et sans heurts, de la Vérité, en accord avec les enseignements, comme l'indique leur visage calme et détendu. A gauche, menées par le Tentateur, le démon Lucifer, l'ange de lumière incarnant le soleil inversé du solstice d'hiver, les vierges folles surmontent les mois du Sagittaire au Taureau. Leur visage exprime l'effort, la difficulté, la souffrance de la quête intérieure, mais aussi la joie de la libération au contact du Maître intérieur. Leur lampe retournée vers le sol confirme le sens de l'intériorité, le parchemin roulé, l'enseignement ésotérique dispensé par le Maître. Ce Maître intérieur leur offre la grenade d'immortalité et de fécondité, pour peu qu'elles puissent dépasser les étapes initiatiques des quatre Eléments, représentées par les animaux qu'il porte sur son dos: salamandres, grenouilles, serpents, etc., représentant la Terre, l'Eau, l'Air et le Feu. Elles pourront alors accéder à la béatitude éternelle.


Sur le tympan, dont le sens de lecture va de la terre vers le ciel, nous trouvons les scènes du Grand Retour: la sortie du tombeau, puis le jugement dernier qui sanctionne l'engagement de chacun. Enfer ou Paradis, chacun reçoit les fruits de ses actions. Tout en haut, le Christ indique la finalité, la réintégration dans le sein de Dieu. Entouré par les instruments de sa Passion, il montre ainsi le chemin de l'effort et de la souffrance comme clés de la rédemption. Sur les voussures, l'Eglise triomphante l'entoure, comme un cortège de fête, un message d'espérance et de joie.

 

La façade sud: le portail de Salomon Lié à l'été, au midi, au soleil dans tout son épanouissement, le Sud symbolise la royauté, l'emprise totale de l'Esprit sur la matière. La nature est mûre, harmonisée, féconde. Le roi, image du soleil, représente Dieu sur terre. C'est là que l'évêque, hypostase de l'empereur, rendait la justice.


Sur le trumeau central, Salomon, surplombant les deux mères se battant pour leur petit, trône, hiératique et imperturbable. Il incarne le Dharma, la loi Universelle de la nature qui régit tout le cosmos, du simple caillou à l'homme et aux planètes. Roi-prêtre, il concentre sur lui le divin et l'humain. Comme le pyramidion d'or en haut des pyramides, il relie les énergies du ciel pour les redistribuer à l'humanité, et renvoie au ciel l'énergie engendrée par les prières, le travail et la vie pure des hommes. Point de convergence de ces énergies, par sa fonction de prêtre il transcende le destin des hommes et les relie à Dieu. Par sa fonction de roi il devient l'axe, la référence autour desquels peut s'organiser la société qu'il gère, dirige et unifie.
 

Au-dessus de Salomon, le Christ, Roi du Monde, tient dans sa main gauche le globe terrestre pendant qu'il bénit de la main droite. Au-dessus de lui, le chapiteau représente la Jérusalem céleste, but ultime de la quête spirituelle de l'homme.


De part et d'autre Salomon, sur les deux linteaux et les deux tympans, sont décrites les scènes de la mort et de la résurrection de la Vierge Marie. Contrairement à la coutume qui place Marie au portail nord, les bâtisseurs ont jugé bon de représenter au portail royal comme reine du monde et reine de Strasbourg. Suivant la voie tracée par son fils, elle est la première à atteindre le royaume des cieux après sa mort et son passage par les sombres régions d'Hadès, le séjour des morts. Après son assomption, le Christ la couronne dans la gloire et l'allégresse. Par sa fonction de Reine du ciel, elle est la Mère cosmique universelle. A l'instar d'Isis, déesse égyptienne, elle est l'initiatrice qui mène le néophyte sur le chemin de l'illumination. Elle incarne la loi d'harmonie et d'amour qui meut toute la création. Assise sur un banc au même niveau que son fils qui la couronne, elle assume sa position de co-gérante de l'Univers.Elle incarne un aspect de la dualité primordiale de la Création dont le Christ est le pôle opposé et complémentaire. Cette dualité se retrouve dans les statues de l'Eglise et de la Synagogue qui encadrent le portail. A la droite de Salomon, l'Eglise triomphante et fière, affirme son droit à l'existence.


Sa lance fermement plantée dans le sol, drapée de l'étendard de la Croix, elle tient le calice de la nouvelle alliance, le Graal, symbole de la quête, mais aussi de l'appartenance aux temps nouveaux, aux temps christiques inaugurés par le sacrifice de Jésus sur la croix.
 

Elle représente également le vécu exotérique du chrétien qui assume sa croyance par l'action dynamique, par l'expérience et la sagesse engendrées par le vécu quotidien, le sacrifice de sa vie àune oeuvre transcendante. Fière, mais en même temps pleine de compassion, les yeux grands ouverts vers l'avenir incarné par le Christ, l'Eglise regarde la Synagogue de l'autre côté du portail. Celle-ci, les yeux bandés, se détourne du Christ, car elle ne reconnaît pas en lui le Messie annoncé par les écritures. Humble, mais non pas vaincue, elle garde en main le livre sacré de la Torah. Sa lance brisée en trois morceaux donne l'image de l'éclair, le feu du ciel qui s'enfonce dans le sol, qui rentre "au-dedans". Image de la connaissance ésotérique, elle est le lien avec le passé, avec les racines que l'Eglise doit intégrer à son propre vécu sous peine de perdre sa vitalité.


Conclusion


Dans les ténèbres spirituelles du monde contemporain enferré dans les certitudes d'un paradis matériel factice, la cathédrale offre aux hommes un langage d'espoir pour un devenir plus vrai et un bonheur plus durable.


S'élever au-dessus de soi-même, voir plus loin, plus haut, découvrir un but qui transcende l'humain et le relie au cosmos tout entier, telle est la vocation fondamentale de la cathédrale. Ce haut-lieu de vibrations sonores et lumineuses place chacun de nous dans une atmosphère plus pure, qui interpelle et suscite le lâcher prise par rapport aux problèmes quotidiens pour s'aventurer sur les chemins de la spiritulité. Les statues, les vitraux, les messages inscrits dans chaque recoin, répètent le même message de purification et d'authenticité.

ACTU : mars 2010 Les prochains rendez-vous...
  • La Compagnie des Amis de Platon présente “L'Hippias Majeur”
    Du ven 12/03
    au ven 12/03

    Centre Socio-culturel du fossé des treize. 6 rue Finkmatt.