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   Juin 10

L’homme contaminé par la machine ? L’homme-mécanique agit sans vraie relation avec son environnement, obsédé par l’efficacité...

 

Le rêve, porte ouverte sur le mystère

Par Dolorès VILLEGAS

Article paru dans la revue 130


"Un rêve non interprété est comme une lettre qui n'a pas été ouverte".

(Talmud)


Le rêve dans la tradition


Dans l'Antiquité, le rêve fut considéré principalement comme un "pont" entre les hommes et les dieux.

A travers les rêves, l'homme recevait les messages des dieux qui entraient en contact avec lui par l'intermédiaire de ce langage symbolique. (On affirme que ce furent les dieux qui enseignèrent ce langage aux hommes pour qu'ils puissent se comprendre mutuellement).


Le rêve servait aussi à guérir. Les malades avaient recours à certains temples comme celui de Séraphis, en Egypte, ou celui d'Asclépios (Esculape) en Grèce. Dans le rêve provoqué en ces lieux, le patient voyait la divinité protectrice qui lui indiquait la cause et le remède de ses maux, ou le guérissait par sa simple présence. Le rêve était également un moyen de prophétiser car, dans l'état de conscience qu'il représente, certains êtres étaient capables de voir le futur.


Un texte démotique (1) dit : "Dieu a créé le rêve pour indiquer le chemin au dormeur dont les yeux étaient dans les ténèbres".

Au Kurdistan iranien, on dit : "Le rêve permet une nouvelle prise de conscience ; par lui on peut se transformer en une autre personne".

Et le bouddhisme : "Il y a des rêves provoqués qui permettent de connaître les replis les plus cachés de l'âme".

Platon affirme : "Les génies répandus dans les régions de l'éther viennent se poser près de nous pour imprimer en nos âmes des idées détachées des sentiments et nous transmettre les ordres de Dieu".

"Rêver, dit Artémidore d'Ephèse, est un mouvement et une conformation de l'âme qui, sous les aspects les plus divers, annonce les heurs ou les malheurs"  et affirme par là même qu'il n'existe pas de clés d'interprétation immuables.


Dans l'Islam, "le rêve est une conversation entre l'homme et son Dieu".

Pour Philon d'Alexandrie, "il existe des rêves dont les images sont envoyées par la Divinité... ; il y en a d'autres qui naissent d'une collaboration entre l'âme de l'Univers et notre pensée, de telle sorte que celle-ci devienne capable de prédire le futur".


Et Homère dit du rêve "qu'Apollon, Zeus ou Chronos l'envoient".

Depuis les cultures les plus anciennes, le rêve s'est incorporé à tout le symbolisme magico-religieux de l'Humanité. Les papyrus égyptiens, les tablettes cunéiformes, les textes bibliques, nous parlent de rêves prophétiques dans lesquels l'esprit humain, libre des attaches du corps physique et des limitations du cerveau, se connecte avec cet autre monde, plus subtil, pouvant ainsi lire et capter la Réalité de la Nature. Ainsi Zoroastre a reçu en rêve diverses révélations. Brutus a appris en rêve la nouvelle de sa propre défaite. Calpurnus a vu la mort de César. C'est un rêve qui a inspiré à Dante La Divine Comédie. Apollon est apparu en rêve à Galien et lui a appris qu'il devait se dédier à la médecine. Les rêves d'Edison sont fameux puisque, comme il le raconte lui-même, chaque fois qu'il était confronté à un problème insoluble, il allait dormir et trouvait ainsi la réponse. Jung affirme que c'est une série de rêves surprenants qui l'amenèrent à chercher la relation entre la psychologie et l'alchimie.

Selon les sciences hermétiques, les rêves guidèrent l'homme dans ses premiers pas sur la Terre. L'esprit vierge qu'était l'homme, au développement encore inexistant mais plein de potentialités, a engendré, les âges passant, une âme, une conscience, une histoire ; cette même âme expérimentée est celle qui conseille son double physique depuis le monde des rêves. L'âme éternelle dialogue ainsi avec l'être passager et l'avertit des dangers où le conduisent ses erreurs de vision.


La psychologie antique nous dit que la veille et le sommeil ne sont autres que des états mentaux distincts qui se rapportent à des modalités d'existence différentes. De là vient qu'en Orient, on parle du Grand Eveil comme de la libération de l'illusion qui nous enchaîne. Le sommeil ferait pénétrer notre conscience dans une autre dimension, astrale, mentale ou spirituelle, grâce à laquelle nous pourrions connaître ce monde obscur pour nous à l'état de veille. Certains philosophes ésotériques et certains psychologues vont jusqu'à affirmer que l'avenir se conquiert grâce aux rêves puisque le sommeil de l'homme est un sommeil cosmique.


Le temps s'écoulant, le cordon ombilical qui unissait l'homme physique à sa partie transcendante s'est coupé. Le christianisme a fait de l'art de la divination un art maudit, à tel point qu'il relève depuis de la sorcellerie. L'obscurité s'étant appesantie sur ces domaines, l'homme s'est éloigné et a perdu des connaissances naturelles alors, devenues ésotériques aujourd'hui.


Le rêve selon Freud et Yung


Depuis cet obscurantisme, les premiers penseurs capables de mener des investigations dans l'univers nocturne virent en lui tout ce que l'Eglise avait condamné. Là, les désirs de l'homme et la morale artificielle créée par ses institutions entrèrent en conflit. Les nécessités médicales et historiques ont joué et il a fallu peu à peu rendre sa valeur à ce monde caché qui se reflétait dans les rêves : l'inconscient. Freud nous a fait retrouver la valeur significative des rêves et des processus psychiques. Bien qu'au début la seule interprétation qu'il ait donné aux symboles oniriques fût de type sexuel, en raison de la névrose dont souffrait à ce moment la société. Plus tard, des disciples de Freud proposèrent d'autres significations, arrivant à la conclusion que le patient et les circonstances de sa vie avaient une grande importance, puisque le même symbole n'avait pas la même signification pour tous.

Dans l'Antiquité, on parlait de trois états de conscience : animale, humaine et divine.

Freud se réfère au Ca, au Moi et au Surmoi. Jung parle d'inconscient, de conscient de supraconscient ou encore d'anima, de persona et d'ombre. Cela rappelle le modèle archétypal qui réclame à son ombre terrestre une plus grande perfection, afin qu'elle lui ressemble le plus possible, selon un processus que Jung décrit comme "l'individuation".


Ces images archétypales, de caractère universel, dont parle aussi Platon, entre autres, apparaîtraient en rêve, jalonnant les grandes étapes de l'évolution de l'âme humaine vers sa totalité. Au début de chaque grande vocation scientifique, artistique, mystique ou politique, il se produit généralement une succession de rêves qui guident le sujet le long d'une route pour lui surprenante. Les symboles oniriques - dont Jung a démontré qu'ils sont similaires à ceux qui apparaissent dans la mythologie -, constituent un message de l'inconscient au conscient, destiné à l'aider et à l'orienter. Poursuivant la réalisation du destin historique en gestation, ils informent le rêveur de sa situation interne et montrent la sortie, l'avenir.


Le rêve serait comme une photographie de l'inconscient ; par lui nous apprendrions à connaître ce que l'autre - notre double - pense de nous et pour nous. C'est durant le repos que les couches les plus profondes de notre psychisme - vers le haut et vers le bas - peuvent arriver à la surface comme un archipel qui affleure entre les eaux, ou comme des stalagmites formées par des stalactites au long du temps.


On voit généralement le rêve comme une sorte de compensation et de préparation. Compensation parce que nous y trouvons tout ce qu'oublie, rejette ou ignore la conscience éveillée. Préparation, parce qu'il cherche ce qui peut nous permettre de nous réaliser. En ce sens, il est fondamental de traduire son message, et le seul qui puisse le faire avec certitude est le rêveur lui-même.


A la différence de Freud, son disciple Jung explique que la "voix de la conscience" n'est pas un simple attribut culturel imposé par la civilisation extérieure, mais bien une loi intériorisée que chaque homme porte en lui et qu'il ne peut transgresser sans le payer d'une certaine manière. Cette "voix" ne prétend à aucun moment nous réprimer, en utilisant la peur comme outil, mais bien plutôt nous faire approcher la véritable connaissance des réalités supérieures. Il est nécessaire pour notre organisme, non seulement de dormir, mais encore de rêver. La finalité du rêve est le rétablissement. Ne pas rêver, comme ne pas dormir, peut conduire à la folie et à la mort.


Laissons de côté les théories physiologiques et psychologiques qui ne font pas l'objet de notre présente étude, pour aborder les théories occultes. Différents auteurs les ont rapportées, dont Hereward Carrington qui dit : "Nous n'arriverons jamais à une théorie satisfaisante sur le sommeil sans admettre la présence d'une force vitale et l'existence d'un esprit humain individuel qui se retire plus ou moins complètement du corps pendant les heures de sommeil, recevant nourriture et vigueur durant son séjour dans le monde spirituel."


Le rêve, guide intérieur


Dans cet état mental particulier que les mystiques de l'Orient ont appelé "illumination", il se produit une curieuse série de phénomènes : nos "cerveaux" multiples se convertissent en un seul cerveau. Le néocortex (dont relève la pensée intellectuelle), le système limbique et le thalamus (dont relèvent les sentiments et émotions) et le bulbe rachidien (partie intuitive-inconsciente) parviennent à un mode de communication intercellulaire qui n'existait pas auparavant, bien qu'ayant toujours été possible. L'illumination est le stade le plus haut de la conscience ; il se caractérise par une profonde paix avec les autres, par l'harmonie avec le monde et par la compréhension de l'Univers : ce qu'on appelle la "Conscience cosmique". L'être s'intègre à l'Esprit universel. Il devient alors désintéressé, l'ego semble une illusion et son jeu se termine.


Qu'est-ce qui limite notre conscience ? Notre mental, notre peur, notre propre obscurité. Ceux qui étudient la perception humaine ont appris que nos sens étaient aveugles de multiples façons ; phénomène qu'on a appelé "répression sensorielle" et qu'on trouve également chez les animaux, servant à s'adapter et à survivre dans le milieu ambiant. De là vient la sélection des données sensorielles arrivant à notre mental qui admet certaines choses, en filtre d'autres et ignore consciemment ou inconsciemment les autres. Cette conscience restrictive est nécessaire à l'évolution de la race et à la survie à certains moments. Actuellement elle n'est plus nécessaire et on suppose, au contraire, que c'est la cause principale de notre acheminement vers l'extinction puisqu'elle nous empêche de voir des choses et des faits que nous devons reconnaître pour changer et nous transmuter.


Les peuples de l'Antiquité comparaient le sommeil à la mort et l'appelaient son petit frère.

Pour eux, le jour et la nuit reflétaient en petit le grand cycle de la vie et de la mort et celui, plus grand encore, de la Création ou de la manifestation de l'Esprit dans la matière et de sa réabsorption dans le Principe Premier.

Bien que, selon les traditions ésotériques, il se produise une profonde activité astrale durant le sommeil, il se peut qu'on ne se souvienne de rien de ce que l'on a vécu au réveil, ou de très peu, et qu'on ne sache pas d'où l'on a extrait la solution à ses problèmes ou l'inspiration reçue.


Dans le plan astral, on est capable de se souvenir de ses expériences de veille, mais dans le plan physique, la majorité des gens ne sont pas capables de se rappeler ce qu'ils ont vécu dans l'astral .

Cela semble dû au fait que le lien entre le corps physique, le cerveau et le véhicule astral n'est pas bien forgé ou travaillé. Ce "pont éthérique" est faible et se rompt quand le mental essaie de "poser le pied physique" dessus ; ce qui fait que plus l'on s'efforce de se souvenir et plus l'on oublie ce qu'on a vécu.


Dans les temples de l'Antiquité qui donnaient une formation initiatique, on recommandait au disciple de s'exercer à faire passer sa conscience d'un plan à l'autre. Il devait aussi apprendre à se réveiller quand il rêvait, non pour ne pas rêver, mais pour démontrer l'empire qu'il avait sur lui-même. Il était nécessaire de dominer le mental et l'émotionnel pour ne pas être un pantin aux mains des forces astrales. Avant qu'il n'ouvre les yeux sur le plan astral, on demandait au disciple une grande pureté et une moralité bien établie, ainsi que du bon sens pour ne pas sombrer dans la folie.


"Je suis un Dieu et je l'avais oublié",
s'exclamait Platon il y a plus de deux mille ans. Triste condition que celle de l'homme qui, immortel, se perçoit comme mortel et vit, abusé et miné, d'ombres qui dévorent son existence, sans oser prendre la liberté de crever la fausse porte de papier qui le limite. A l'intérieur de nous il y a une lumière, la conscience, qui peut nous guider hors de la caverne des erreurs où nous vivons et nous débattons, prenant des ombres chinoises pour la réalité.


Le travail d'illumination de notre conscience consiste, d'une certaine façon, à assimiler la partie sombre, à la connaître, à l'accepter et à la transmuter. Traverser les "mers intérieures","descendre aux enfers", aux "sous-mondes". Mourir en tant que vieille personnalité et renaître en tant qu'homme nouveau, passer par mille épreuves et difficultés qui développent nos potentialités et les confirment. Transformer le dragon en oiseau capable de voler dans les cieux les plus hauts. Renaître de ses cendres en Esprit conscient de son immortalité.


A travers le sommeil comme la mort, nous traversons le pont existant entre le matériel concret et le spirituel subtil. Toutes les nuits, on meurt un peu et on renaît aussi, comme après la mort qui ouvre passage peut-être à une nouvelle vie. On pourrait et on devrait profiter de ce voyage pour prendre conscience de sa propre continuité au-delà de la séparation d'avec le corps et apprendre à se connaître en entier. Vaincre la mort, l'inconscience. S'éveiller, vivre ! Pouvoir être maître et seigneur de soi-même. Servir avec efficacité le plan divin de l'Evolution, pour atteindre ainsi l'Unité, le Bien Suprême.


(1) écriture simplifiée des anciens Egyptiens

ACTU : juillet 2010 Les prochains rendez-vous...
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