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   Juin 10

L’homme contaminé par la machine ? L’homme-mécanique agit sans vraie relation avec son environnement, obsédé par l’efficacité...

 

La peur du changement

 Par Jorge Angel Livraga Article 

 

Article paru dans la revue Acropolis 208

 

Le changement engendre souvent l'apparition de peurs et de questionnements alors qu'il est pourtant une étape incontournable pour progresser sur soi-même et dans sa vie.

Comment l'aborder le mieux possible ?

Cette forme de peur psychologique arrive à prendre possession des domaines physique et mental dans différents cas ; elle se manifeste aussi sous d'autres aspects humains : peur de l'aventure, peur du risque, peur de perdre des choses et encore peur de la réussite.
On a dit bien des fois que l'homme est un animal d'habitudes et c'est vrai. L'homme a beaucoup de «maîtres» qui se chargent de le dresser dans certaines habitudes qui lui donnent une sensation de sécurité dans l'ensemble ; ces mêmes maîtres se préoccupent d'engendrer la peur, d'abandonner ces habitudes, tout au moins tant que cela est en accord avec les buts de ces dits «dresseurs».

Les obstacles au changement


Nous grandissons dans une société assujettie à diverses motivations, certaines naturelles et propres aux nécessités historiques, et d'autres absolument artificielles, engendrées par des intérêts et des modes qui gouvernent pour un temps le mouvement des grandes masses.
Ce sont surtout les besoins artificiels ou ceux qui se teintent d'artificialité qui brident le plus les hommes et les empêchent de changer en quelque sens que ce soit.
Nous nous expliquons : par exemple, aimer et se sentir aimé est un besoin naturel pour n'importe quel être humain, mais les conventions sociales à la mode ajoutent à l'amour un ensemble de conditions qui le rendent artificiel et presque impossibles à vivre. En plus du sentiment, on doit avoir dans le «lot» certains biens matériels et quelques conditions prestigieuses qui ferment les portes à une convivialité saine.

Choisir ses vraies valeurs

L'homme regarde ce que font tous les autres et en répétant ces actes, obtient une tranquillité psychologique qui lui permet de se situer dignement dans l'ensemble. Il lutte pour acquérir ces choses considérées comme indispensables et une fois qu'il les a, ne peut pas les abandonner car il perd ainsi son propre équilibre qui, malheureusement, repose sur des supports extérieurs à lui-même.
De la même façon, les modes imposent différents styles de conduite, de langage, de relations humaines, d'opinions et de croyances qui assurent la «normalité», au moins pour un temps. Il faut se tenir informé pour suivre ces différents courants imposés et changer avec eux pour ne pas s'éloigner d'un pas du troupeau.
De là la peur du changement. Tout changement, s'il est substantiel, suppose de se distinguer, en bien ou en mal, de sortir de ce qui est communément accepté, de se risquer à être différent et, par là-même, à perdre quelques-unes des précieuses valeurs instaurées de façon artificielle. Il est possible que disparaisse la fausse affection de ceux qui nous aiment peu ou point et le fragile prestige obtenu en s'obstinant à grand peine à suivre une mode passagère.

L'éveil de la conscience


Pour nous, aspirants philosophes, amoureux de la sagesse, le premier changement fondamental que nous devons provoquer en nous est l'éveil de la conscience. Aussitôt que celle-ci émerge de la masse amorphe de nos besoins et de nos obligations physiques, psychologiques et mentales, elle suscite tout un ensemble de changements liés entre eux.
Tant qu'on vit en aveugle, il importe peu d'adopter une coutume ou une autre et de s'y tenir. Mais la conscience active oblige à réfléchir sur bien des aspects de l'existence qui, auparavant, semblaient n'avoir aucune importance.
Le philosophe prend l'habitude, avant tout, de se poser des questions profondes à propos de la vie, de lui-même, de la destinée... Son esprit devient plus curieux et le porte à s'interroger sur son être propre, en lui montrant de nouvelles voies de perfection continuelle.
Les changements que le philosophe se propose de réaliser ne répondent ni à des modes ni à des approbations générales ; au contraire, ce sont des changements progressifs où chaque pas est un échelon de dépassement.
Plus que de changements, nous devrions parler d'uniques et véritables acquisitions qui «font» l'être humain, en marge des changements de fortune matérielle, en marge de la vie et de la mort, en marge des passions et des opinions.

Les risques du changement


Pourquoi la peur alors, quand on sait, intellectuellement, que ces changements particuliers n'apporteraient que du bien avec eux et amèneraient une meilleure évolution spirituelle ?
Parce que ces changements, on doit les faire seul, face à soi-même, sans que rien ne nous vaille l'approbation des autres, sans que nous importent les éloges ou la critique.
Parce que ces changements supposent certaines pertes, c'est certain, mais des pertes qui donnent passage à de nouvelles valeurs plus stables et équilibrantes. Tout changement implique des risques car nous ne connaissons aucun héros, aucun fils privilégié des dieux, qui ne soit passé par des épreuves dangereuses et qui n'ait tout tenté pour en sortir victorieux.
Et parce que, comme nous le disions en commençant, certains ont peur de la réussite, sachant qu'une fois obtenue, il leur faudrait se maintenir à la hauteur de cette réussite, sans se permettre d'effondrements ou de faiblesses, car la réussite intérieure possède de fortes exigences face à sa propre conscience.
Mais cela ne vaut-il pas la peine d'essayer ?

Le courage de changer

Le destin de l'homme est d'arriver à être le plus parfait en tant qu'homme et, en tout cas, comme le soulignent les traditions ésotériques de tous les temps, de croître bien au-delà de la condition humaine jusqu'à se faire le digne disciple des dieux et non des «dresseurs d'hommes».
À ce destin, nous devrons tous parvenir, tôt ou tard, avec plus ou moins de souffrance. Mais le changement est la condition obligée.

Alors, pourquoi ne pas commencer tout de suite ?
Pourquoi ne pas se défaire de la peur qui n'a rien de positif ?
Pourquoi ne pas développer la vaillance de celui qui sait ce qu'il veut et lutte pour l'obtenir ?

En nous-même se trouve le choix : ou la banale peur du changement de ce qui, de toute façon change et nous laisse désemparés, ou le courage du changement définitif qui nous transforme en hommes et en femmes solides et sûrs d'eux-mêmes, avançant dans la vie face au destin.

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