(Extrait d’un article dans la revue N° 105, par Laura Winckler)
Le jeune et ancien Dieu
Hermès est probablement une divinité très ancienne d’origine thrace, particulièrement honorée des bergers d’Arcadie. Il est le passeur entre l’époque archaïque, aux cultes de la Déesse-Mère et la nouvelle mythologie ouranienne indo-européenne. Les rites d’Hermès sont les héritiers des cultes archaïques du Néolithique. Selon la légende, c’est en Arcadie qu’est né Hermès, au fond d’une caverne de l’union de Zeus et de la nymphe Maïa.
L’espace lié à Hermès sera la grotte au cœur de la montagne, c’est une matrice, lieu révélateur d’invisible.
Dans la cosmogonie pélasge et orphique, les génies-titans de la planète Mercure sont Métis et Coeos. Métis, l’intelligence rusée avalée par Zeus et mère d’Athéna. Cette intelligence est celle qui garantit le pouvoir au-delà de la force.
Il est en rapport avec les Dioscures, Castor et Pollux, régents de la constellation des Gémeaux. Il symbolise les pôles diurne et nocturne, le dompteur de chevaux et le boxeur, l’immortel et le mortel. Il est le garant de l’harmonie par opposition et trace l’axe Est-Ouest de l’horizon. Il a un rôle funéraire, en tant que protecteur des morts et gardien des portes reliant le visible et l’invisible.
Hermès est la divinité protectrice de l’élément spécifiquement humain, l’imaginaire.
Il est le dieu de l’examen intérieur, éclaire les limites de toutes choses, établit les justes rapports, donne la vision du lien entre les choses. Il connaît la vérité, «c’est un ami dangereux ».
Hermès est un brouilleur de piste, un trafiquant, un brigand. S’il peut représenter l’ordonnancement d’un espace, il peut aussi bien en être le désorganisateur. Il est à la fois l’ordre et le désordre. Il est déroutant et insaisissable.
Cette dissimulation est celle de sa démarche : telle est l’expérience qu’en fait Apollon à la recherche de son bétail. Enfant né au matin, Hermès a volé le troupeau divin de son frère avec la force d’un adulte. Mais qu’Apollon vienne lui demander des comptes dans l’antre de sa mère et il le trouve bien au chaud dans ses langes comme un nourrisson.
Lorsque les Silènes suivent à la trace le chemin emprunté par l’enfant et les vaches, les empreintes se brouillent, s’emmêlent, reviennent sur elles-mêmes : un vrai labyrinthe sans fin ni commencement.Hermès, nous dit l’Hymne homérique, a renversé l’ordre des signes : à reculons, il a fait progresser les vaches, tandis que lui-même entrelaçait sous ses sandales des branches de myrte pour effacer ses pas. Voilà la ruse d’Hermès, il est passé maître en matière de pièges et de machinations.
Usant de tous les artifices, il bouleverse les situations, inverse les rôles, confond ses adversaires. C’est précisément cette intelligence rusée, Métis, qui lui permettra de devenir le douzième grand dieu de l’Olympe. C’est ainsi que Zeus l’acceptera : comme le désordre réglé. Il est ainsi dieu des voleurs, celui dont les dons échoient à l’homme sans intervention de sa responsabilité. Lors de la fête d’Hermès Charidote à Samos, le vol et la rapine y étaient permis. Il protège donc toute rouerie et toute malice, jusqu’aux artifices de la femme, « mensonge, paroles vénales et sens trompeur ». Mais le vol d’Hermès est aussi lié à l’intuition car l’initiation hermétique nécessite de savoir trouver sa nourriture sans se faire repérer. Il faut donc savoir voler la connaissance aux dieux.
C’est une voie qui ne demande pas de révélation de la part du maître. Le candidat est obligé de reconstituer la connaissance à partir des morceaux épars de sa communion avec les dieux. Le vol est une voie de synthèse et de sursaut, par la concentration de l’âme. Il ne s’agit pas d’une voie intellectuelle. C’est une pédagogie du dévoilement. Mais le rusé mettra ses dons au service des dieux et en particulier de Zeus, dont il deviendra le messager à travers les trois mondes. Il est donc Triceps, celui qui relie les trois mondes : le monde céleste, le terrestre et le sous-terre. Son action intelligence lui permettra même de sauver Zeus prisonnier de Typhoeus qui lui avait enlevé ses nerfs. Il endormit le géant, recouvra les nerfs de Zeus, les lui remit en lui rendant ses forces.
Ainsi ce « petit dieu » se rend indispensable dans l’Olympe. Il incarne, comme le dit G. Durand, « la puissance de l’intime, la puissance du tout petit. Il a la puissance du lutin, de ce qui peut être minime mais puissant. »[i] Comme le grain de sable qui peut enrayer un mécanisme sophistiqué et complexe ou le sursaut d’imagination qui peut dénouer une situation inextricable.
« Dieu des bergers et des voyageurs, inventeur des tas de pierres qui balisent les chemins (Herma), dieu de la ruse et du vol, mais aussi maître de l’échange et du contrat, retors dans sa parole et fourbe dans sa démarche, psychopompe et messager de Zeus, enfin maître du sommeil, le nom d’Hermès s’inscrit dans un espace de l’imprévu et de la mobilité qui qualifient les modalités mêmes de son accession à la divinité. »[ii]
Hermès est celui qui sillonne les chemins. Posté au croisement des routes, sous la forme de ces Hermes à deux ou quatre têtes, il marque les directions et borne les parcours. Il est le guide de ces déplacements, il est aux portes des maisons, le gardien de leur intégrité ainsi que le dieu des gonds, il en assure l’ouverture.
Il est celui qui ouvrit le premier les chemins et les ayant ainsi tracés, les marqua de cairns qui les signalaient. Il est l’aventurier qui ouvre de nouvelles contrées.
Ainsi fait-il avec le troupeau d’Apollon à travers l’agros. Seul il ouvre sa route. Sa nature est toujours ambiguë, car il est à la fois le protecteur des bergers et des troupeaux mais aussi celui des voleurs. Il permet les échanges et balise les déplacements mais est aussi la figure inquiétante qui à tout moment peut en perturber le déroulement.
Toujours en mouvement, Hermès patronnera la mise en circulation des biens, des mots, des rôles. Mais toujours avec une part de « hasard ».
Les Grecs diront « Hermaion », don d’Hermès à toute heureuse trouvaille, réussite d’un coup de dés. Mais aussi aux mauvais coups du hasard.
Donneur de biens, il sera aussi avare que bienfaisant et il peut multiplier les troupeaux mais aussi les diminuer. Quand on recherche un gain, on dit : « Hermès avec nous ! ». Il apporte la richesse avec son bâton merveilleux de prospérité et d’abondance aux trois feuilles d’or, protection contre chaque dommage, qu’Apollon lui offrit en échange de sa flûte.
Il se meut constamment dans un espace intermédiaire et il en est le médiateur. Qu’il soit au niveau du mariage, des voyages ou de la parole, qu’il intervienne entre l’Olympe et l’Hadès, Hermès est toujours entre-deux : porte-parole heureux et psychopompe, guide bienveillant aux ordres de l’Olympe ou conducteur du décret sans retour du trépas, il est d’une parfaite mobilité d’un univers à l’autre et assure le passage des frontières.
En fait, il franchit les frontières à travers la communication entre les êtres mais aussi celles entre les mondes et se situe en permanence dans cette dimension imaginale qui relie paradoxalement les contraires.
C’est pour cela que son heure est entre chien et loup, entre jour et nuit, l’instant magique des aubes et des crépuscules où l’on peut passer de l’invisible au visible ou du visible à l’invisible. C’est ainsi qu’il provoque dans nos esprits ce passage de l’ignorance à la sagesse, à la soudaine compréhension d’une énigme restée juste avant dans les ténèbres de notre inconscient.
Vivant au milieu des mortels, parfois même caché dans les cendres du foyer, Hermès est associé de manière intime à une déesse vierge, Hestia, puissance du feu central dans l’espace domestique, point fixe à partir duquel l’espace humain s’oriente et s’organise. A ce domaine du foyer fermé, enraciné, Hermès oppose son espace ouvert et mobile, traverse celui des troupeaux, de la transhumance, de la richesse sur pied, celle qui se reproduit comme l’argent du commerce donne de l’intérêt. Richesse itinérante et incertaine, qui accroît et diminue, apparaît et disparaît.
C’est dans le même espace que s’exerce le savoir oraculaire marginal qui lui est abandonné. Près de Patrai en Achaïe, Hermès est associé à une étrange Hestia. Il y a une grande place publique avec au centre un Hermès dressé, appelé « de l’Agora » : il rend, dit-on, des oracles. Mais en face du dieu barbu et érigé sur la pierre, il y a un autel du Foyer, un autel d’Hestia.
A la tombée de la nuit, entre chien et loup, l’heure d’Hermès le consultant pénètre sur la place. Pour Hestia sur son autel, il allume des lampes à l’huile, il brûle de l’encens et dépose en hommage une pièce de monnaie. Ensuite, il se tourne vers l’Hermès immobile ; dans l’oreille, il lui glisse la question qui motive sa consultation. Il lui faut alors sortir de la place publique en se bouchant les oreilles. Dès qu’il les découvre, la première voix qui pénètre ses oreilles lui donne la réponse d’Hermès : voix mobile, vol d’oiseau, bruissement des mots ; tout ce qui habite l’espace vivant où circulent bruits, parlers, rumeurs….
Sa venue, sa présence, ont quelque chose de surnaturel. Quand un silence se fait en société on ne manque pas de dire : « Hermès vient d’entrer ». Hermès est effectivement un esprit de la nuit.
Les Phéaciens vénèrent le pouvoir nocturne d’Hermès en lui portant la dernière offrande de la journée avant de s’endormir. De son bâton enchanté, le caducée, il endort ceux qui sont éveillés et éveille ceux qui sont endormis. Il s’appelle le « conducteur des rêves ». Voilà pourquoi on le remercie avec reconnaissance après un rêve significatif.
Esprit de la nuit, il est en rapport avec les esprits des morts et leur royaume. Son chapeau est celui d’Hadès, celui qui rend invisible. Et il aura le pouvoir de conduire les âmes des morts vers le monde souterrain, étant nommé le « psychopompe » tout comme il ramènera les âmes des morts vers la lumière. Tel fut son rôle auprès de Pelops, Eurydice, Perséphone et même Héraclès, lorsque celui-ci descendu à l’Hadès se battra contre le chien Cerbère.
Au dernier jour des Anthestéries, qui, comme fête des âmes, vénéraient le retour des morts et les renvoyaient à la fin d’un oracle solennel, on sacrifiait à l’Hermès du monde souterrain.
L’alchimiste hermétique et le philosophe herméneute
S’il est un dieu qui peut établir le pont entre « l’inframonde hermétique chtonien-irrationnel et le supramonde herméneutique céleste-rationnel »[iii], c’est bien le bifron Hermès. En effet, toute sa démarche est hermétique, donc alchimique, toute son œuvre est d’arracher la lumière aux ténèbres et rendre encore une fois obscure ce qui fut clair.
Il n’est pas dualiste ni manichéiste, sa logique étant une logique ternaire capable de concilier les opposés au-delà du bien et du mal.
L’archaïque dieu Hermès apparaît à la fois comme le gardien (le chien berger) des portes de l’être et comme le voleur (le loup de l’être) : car personne ne sait autant que le voleur, donc ne peut être meilleur gardien.
Lorsque le mythe primitif vécu dégénère en mythe abstrait, reconversion de l’archétype en tant qu’idée vivante, en concept, l’idée archétype devient l’ « idée-type » d’où naîtront la typologie et l’idéologie réductionnistes. Ainsi se produit la rupture entre le haut et le bas, la lumière et les ténèbres, l’intérieur et l’extérieur, l’être et le non-être et, Hermès ne communiquant plus, la rupture se produit entre alchimie et philosophie.
C’est ainsi qu’avec le temps, la philosophie rationaliste officielle réprime et hérétise la culture alchimico-hermétiste « le patriarcal rationalisme occidental autant théologique ou ecclésiastique que philosophique et laïque excommunie et relègue au domaine du mythe, la doxe et l’irrationnel ou inférieur à une théorie et praxis symbolique qui essaie de réintégrer ce qui est délaissé.
[iv]
Le mystère de la conjonction des contraires se réalise à travers le processus énergétique (alchimique-hermétique) de l’Initiation.Il s’agit d’un processus d’analyse-synthèse qui réalise la réconciliation avec son « ombre » à travers l’immersion dans la matière première incarnée par le Lapis : autodissolution mortification au sein de la mater-materia, mort préfigurant une renaissance.
Toute l’œuvre alchimique est dans la dissolution et par suite la résolution. L’Opus est un transit, une transformation qui provoque la sortie à la lumière du jour du soleil ou conscience renouvelée depuis les ténèbres maternelles. Cette naissance réalise, comme la pierre philosophale, l’union des contraires (conscient et inconscient) dans l’archétype de l’être, dans la rencontre entre le Soi et l’Ame du monde.
Hermès symbolise en alchimie le mercure, liquide et solide, en tant que divinité immanente à la fois bonne et mauvaise, comme il symbolise l’Ouroboros, le serpent dont la tête (conscience-bien) assume la queue (inconscient-mal). Avec sa tête à droite et à gauche il préside au mariage du ciel et de la terre, la réconciliation des anges et des démons, la sexualité masculine-phallique et féminine-chtonienne.[v]
C’est pour cela qu’il est à la fois messager de Zeus et messager d’Hadès. Il est le symbole du créateur qui recrée la vie depuis les falaises de la mort et qui extrait la lumière herméneutique des ténèbres hermétiques : des ténèbres qui, de leur part, accueillent, saisissent et hébergent la lumière dans leur sein[vi].
L’ami des hommes et des dieux
Malgré ses larcins, son regard reste serein. Il n’est jamais dans l’embarras, il est le maître de l’occasion juste et sait aussi se rendre sympathique.
La faveur d’Hermès est un bon stimulant pour les hommes qui lui doivent beaucoup de dons et de techniques qui vont depuis le vécu rituel et sacrificiel jusqu’à l’éloquence et la gymnastique.
On attribue à Hermès d’avoir le premier allumé le feu sacrificiel par la friction de deux morceaux de bois, une branche de laurier sur le bois sec du grenadier. C’est la branche de laurier qui est l’axe vertical permettant le contact entre le visible et l’invisible (le laurier est aussi une plante d’Apollon) et le grenadier (tige horizontale) plante liée à la fécondité permettant l’incarnation de l’esprit du feu, donc de l’invisible. Il accomplit aussi le premier sacrifice des génisses d’Apollon, les découpant en 12 parties en l’honneur des Douze Olympiens, à qui il offre la fumée. Ainsi, il instaure le vécu rituel par lequel les hommes se relieront à l’invisible, créant un pont entre le sacré et le profane.
Il assiste les Trois Parques pendant qu’elles composent l’alphabet, selon la tradition inspirée du vol en Y des grues lui donnant la forme des coins en fait des figures angulaires. Il inventa l’astronomie, l’échelle musicale, l’art de la boxe et les arts gymniques, les poids et mesures (que certains attribuent à Palamède) et la culture de l’olivier, sans oublier l’éloquence et l’art d’enchaîner avec de belles paroles.
Certains affirment que la lyre, inventée par Hermès avec une carapace de tortue et des boyaux de bœuf, avait sept cordes… d’autres qu’elle n’en avait que trois correspondant aux saisons, ou quatre correspondant aux quarts de l’année et que c’est Apollon qui en amena le nombre à sept. Ayant remis à Apollon la lyre et la flûte, celui-ci devint dieu de la musique et Hermès gardien des troupeaux en opérant un échange dans leurs fonctions.
Ce qu’il y a en Hermès de clarté et à la fois de réserve nocturne, de charme et de délicatesse, rien ne l’exprime mieux que le son magique et doux des cordes ou de la flûte.
Dans l’Hymne homérique, Apollon dit de l’instrument qu’Hermès vient d’inventer :« Vraiment c’ests là un triple profit : gaîté, amour et douce somnolence ! »
LE NOUVEAU VISAGE D’HERMES-MERCURE
Gilbert Durand parle des 7 explosions du mythe d’Hermès, dont 3 archaïques (en Egypte, en Grèce et à Rome) et 4 dans notre civilisation occidentale : en fin du 13e siècle, au 16e, en fin du 18è-début 19e et en fin du 20e siècle[vii].
La première, celle de la fin du 13ème siècle et début du 14ème est celle de la Renaissance gothique. A cette époque, il est maître de la « recherche scientifique », maître de toutes les transmutations chimiques, scientifiques et spirituelles. « Mercure est « mercurien » donc l’intermédiaire de l’œuvre » légitimé en tant qu’alchimiste entre autres par Saint Thomas d’Aquin, disciple d’Albert le Grand, alchimiste de renom.
La deuxième résurgence est celle du 16ème siècle, chez les Humanistes. Là, Mercure sera allégorisé : « Mercure devient le Verbe, le Logos, l’éloquence, l’intermédiaire par excellence dans l’optique d’une théologie christique »[viii].
Il devient « mercurial » et préside autant le commerce de l’esprit que le grand commerce intercontinental. Il devient plus rationnel se mélangeant à Apollon dans le siècle du « versaillisme ».
La troisième explosion, entre la fin du 18ème et le début du 19ème siècle, est toute empreinte d’ambiguïté, car Mercure devient le voilé et le dévoilé. On redécouvre l’Egypte et ses mystères et c’est le temps des sociétés secrètes. « Dans ces sociétés secrètes, le secret est bien un secret de polichinelle puisqu’il est dévoilé. Le plaisir est de dévoiler le secret de ces sociétés secrètes et ces dernières vont évidemment s’intensifier. L’ambiguïté est que ce temps participe aux Lumières se voulant à la fois mystère »[ix].
Enfin, la quatrième explosion est le retour d’Hermès en fin du 20ème siècle. « Il réapparaît dans l’énorme révolution épistémologique de notre temps (…) l’objet scientifique, comme le dit Hubert Reeves, n’est plus une substance, mais un mouvement que fonde le principe mercurien par excellence »[x].
A présent, tout est du domaine de la mutation et de la relation. « Tous les savoirs et recherches de notre temps, qu’ils soient physiciens ou psychologues, passent par une certaine reconnaissance de la quête intérieure. Nous retrouvons là l’aspect psychopompe de Mercure, en tant que conducteur d’âmes »[xi].
La planète Mercure dans l’Ere du Verseau
« Il cache aux hommes de cette époque de civilisation son être le plus profond, sa science des rapports secrets de trois univers, afin que leur folle effronterie puisse les amener au recueillement à travers un profond désespoir. Il leur donne, en remplacement du discernement, de l’intelligence et des nuances les doutes et les perversités ; à la place de la liberté intérieure et de la faculté de maîtrise, la dispersion psychique ; à la place de la force, la rudesse ; au lieu de la sûreté du jugement, l’insolence ; au lieu de la dignité, la folie des grandeurs » (…) Une telle incapacité de distinguer les dieux des démons, les immortels des fantômes est la malédiction appesantie sur une époque qui recherche la forme sans s’inquiéter de l’être et qui hait le mystère »[xii].
L’enjeu de cette fin du 20ème siècle, gond de passage entre le temps ancien et le temps nouveau, où le nouveau renoue avec l’archaïque, tandis que l’ancien se veut moderne, est de réapprendre le rôle d’Hermès comme médiateur vers la sagesse, donc comme initiateur.
Dans un temps où les valeurs de Fraternité et de Responsabilité et le sens de l’Amitié deviendront très importants, Mercure recouvrera toute son importance en tant que symbole de la Fraternité et de l’Amitié (Castor et Pollux).
D’autre part, nous sommes dans un temps où le discours philosophique hérité du monde classique et la science rationaliste sont devenus obsolètes.
Mercure, allié à l’énergie paradoxale du Verseau qui relie l’avant-garde d’Uranus et le retour aux origines de Saturne[xiii],permet de réintroduire la mentalité archaïque, fécondée par l’investigation scientifique dans les temps nouveaux. Le nouveau contentant apporté par la science et la mentalité archaïque permettront de véhiculer à nouveau le contenu mystérique. Le « retour d’Hermès » est le retour de la mentalité immanente archaïque contenue dans le nouvel esprit de la science, plus holistique et dépassant le dualisme. Paradoxalement, ce ne sont pas les religions qui donneront les nouveaux contenants nécessaires, ni les institutions fondées sur les anciennes valeurs, mais la science qu’il faut bien distinguer de la technique.
L’énergie de Mercure alliée à celle des autres grandes planètes du collectif, Neptune et Pluton, permettront de traverser le monde des apparences pour un retour à l’essentiel.
L’énergie de Pluton permet de réintégrer la vision alchimique de la mort comme épreuve indispensable pour une renaissance de la conscience à la lumière de la Totalité ; celle de Neptune nous fait dépasser le sentiment de séparativité en nous permettant de comprendre que nous formons une seule humanité planétaire, avec des diversités de cultures, de races, des traditions mais qui doit se sentir reliée et égale dans l’essentiel, donc dans l’esprit.
L’image mythique inspiratrice pour les temps à venir nous semble être Ulysse le rusé qui sût traverser avec adresse la mer d’adversité qui se dressait entre lui et son destin.
Puisse Hermès ouvrir notre chemin !
Hermes :
Ø Qualités :Electricité, sympathie, intelligence rusée, adaptabilité, habilité, éloquence, communication, service, agilité, sacrifice, conciliation.
Ø Défauts :Dispersion, ambiguïté, mensonge, vol