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   Juin 10

L’homme contaminé par la machine ? L’homme-mécanique agit sans vraie relation avec son environnement, obsédé par l’efficacité...

 

Au cœur du rêve, le rêveur

Par Brigitte BOUDON

Article paru dans la revue 130

Les recherches scientifiques les plus récentes nous révèlent qu'un homme de soixante ans aurait rêvé au moins cinq années de sa vie. Si le sommeil occupe un tiers de la vie, environ un quart du sommeil est peuplé de rêves ; le rêve nocturne occupe donc un douzième de l'existence chez les plupart des hommes. Au moins deux heures par nuit, nous vivons dans ce monde d'images et de symboles.

Si nous pouvions toujours nous en souvenir et les interpréter, ce serait une source inépuisable de connaissances sur nous-mêmes et sur l'humanité tout entière.
 

A quoi sert le rêve ?


Le rêve est pour Jung, comme pour Freud, la "voie royale" menant à l'inconscient. Le rêve est aussi nécessaire à l'équilibre biologique et mental que le sommeil, l'exercice physique ou une saine alimentation. Il sert de soupape aux impulsions souvent réprimées à l'état de veille, il fait émerger des problèmes à résoudre et suggère des solutions. Alternativement détente et tension du psychisme, il remplit une fonction vitale à tel point qu'un manque total de rêves entraînerait inévitablement la mort ou la folie. Le rêve qui "traduit l'état de l'inconscient à un moment donné" est normalement complémentaire par rapport aux attitudes conscientes de la journée. Pour Jung, le rêve révèle l'existence d'une sagesse naturelle qui tend à autoréguler le psychisme et dont il est la voix.


Le rôle du rêve est donc d'établir une sorte d'équilibre compensateur dans le psychisme d'une personne ; c'est un autorégulateur psycho-biologique. Selon Jung qui a profondément étudié les phénomènes de l'inconscient, "toute l'équilibration psychologique de l'être se fait, entre ses plans conscients et ses plans inconscients, dans la dimension de la verticalité, tel un voilier entre sa voile et sa quille."

Le rêve est aussi l'un des meilleurs agents de renseignements sur l'état psychique du rêveur. Il révèle à celui-ci une image souvent insoupçonnée de lui-même.

Le rêve, comme tout processus vivant, est non seulement un enchaînement, une suite de causes et d'effets, mais aussi et surtout un processus orienté vers un but : on peut dire que le rêve est une anticipation de l'activité consciente future qui surgit dans l'inconscient. Cette orientation vers un but s'exprime sous forme de symboles, non pas aussi clairement que dans un film ou un enchaînement d'idées. Le langage des rêves est celui des symboles et, comme tout symbole, le rêve dévoile en même temps qu'il voile ses significations profondes.
 

Interpréter le rêve


Les symboles que le rêve met en œuvre pour peindre une situation ne sont pas uniquement des signes, des allégories créées pour échapper à une sorte de censure qui s'exercerait à l'état de veille, ce qui est la conception freudienne. Ce sont des images qui ont leur raison d'être en elles-mêmes et possèdent leur dynamisme propre. Leur signification dépasse toujours les interprétations que l'on peut en donner, car le propre du symbole est précisément de mettre le conscient en contact avec ce qui est "inconnu et à jamais inconnaissable".

C'est à travers soi-même que l'on saisit le sens des symboles et donc le sens de ses rêves.


Jung disait : "Il ne faut pas oublier que l'on rêve, en première ligne, et à peu près exclusivement, de soi et à travers soi-même". Le rêve est le théâtre où le rêveur est à la fois l'acteur, la scène, le souffleur, le régisseur, l'auteur, le public et le critique.

L'interprétation qu'on fait de ses rêves ne peut donc pas être mécanique. Elle met en rapport avec la psychologie propre du rêveur chaque élément du rêve, par exemple les personnes ou les lieux figurant dans son rêve. Chacun d'eux est comme un symbole de sa propre personne.


Par ailleurs, il n'existe pas de rêve isolé. C'est pourquoi il est nécessaire de connaître plusieurs rêves d'une même personne, rêves accomplis à des dates rapprochées, puis à des dates diverses et en des lieux divers, car un rêve fait partie d'un ensemble imaginatif. Le contexte implique que l'on connaisse également le rêveur lui-même, son histoire, sa conscience, l'image qu'il se fait de lui-même et de sa situation. Le rêve, malgré son apparence décousue, s'inscrit dans une continuité : les rêves s'articulent entre eux.


Dans la technique de l'association, le rêveur est invité à exprimer spontanément tout ce qu'évoquent en lui les images, les couleurs, les gestes, les paroles de son rêve, prises isolément ou en groupe, ce qui permet de révéler des liens latents, des nœuds émotifs ou imaginaires insoupçonnés.


Caractéristique de l'école de Jung, l'amplification consiste à prolonger, à continuer la scène du rêve, comme on le ferait à partir d'une situation vécue à l'état de veille. Elle éclaire le sens du rêve. Les parallèles historiques, sociologiques, mythologiques, ethnologiques, puisés dans le folklore et l'histoire des religions permettent de mettre le contenu du rêve en rapport avec le patrimoine psychique et humain général. D'après Roger Bastide, le rêveur va chercher tous les attirails de ses rêves dans la vaste panoplie de représentations collectives que sa civilisation lui fournit, ce qui fait que des échanges incessants se font entre le rêve et le mythe ou encore les grands archétypes ou images de l'humanité.

L'existence d'un inconscient collectif permet au rêveur de passer au-delà de ses associations personnelles et d'exploiter les matériaux historiques qui se rapportent aux images vues en rêve.
 

L'interprétation du rêve, comme le décryptement du symbole, ne répond pas seulement à une curiosité de l'esprit. Elle élève à un niveau supérieur les relations entre le conscient et l'inconscient et améliore les communications entre ces deux plans. C'est un travail mental créateur, susceptible d'éveiller un nouvel état de conscience, grâce au processus de l'imagination active.


L'imagination active consiste à fixer l'attention sur une image, souvent empruntée à un rêve, et à en examiner la libre évolution. Elle est aux antipodes de la rêverie, car le moi joue le rôle d'un témoin vigilant. Par la voie une et multiple de l'image, l'homme pénètre progressivement dans les cercles qui le mènent vers le centre de son être intérieur.


La première étape consiste à rencontrer la "persona" (masque en latin), la personnalité, c'est-à-dire le personnage social qui est le canal d'expression de notre individu mais qui peut aussi le cacher. Il faut ensuite affronter l'ombre, constituée de tous les phénomènes psychologiques. Jung applique à la plongée dans l'ombre l'expression de "mort volontaire" qu'il emprunte à Apulée parlant des mystères d'Isis. Au-delà de cette porte étroite, on débouche dans une "immensité sans limites, une indétermination totale", dénommée inconscient collectif, dont les modes de manifestation sont les fameux archétypes.


Le travail sur ses rêves constitue donc un processus créateur, où l'homme enfante un cosmos, un monde ordonné, à partir de lui-même. Ce monde renouvelé qui naît du chaos où l'homme s'est plongé est l'aboutissement de ce que Jung appelle le processus d'individuation, où l'être devient autonome et mérite désormais pleinement le nom d'individu.

ACTU : juillet 2010 Les prochains rendez-vous...
  • Prague, ville magique
    Du sam 23/10
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